À Mayotte, le paradoxe devient de plus en plus difficile à justifier. Alors que la branche retraite de la sécurité sociale mahoraise dégage depuis plusieurs années des excédents importants, de nombreux retraités vivent encore avec des pensions dérisoires, parfois estimées entre 120 et 150 euros par mois selon plusieurs responsables politiques locaux. Pendant ce temps, des dizaines de millions d’euros quittent chaque année l’île pour alimenter le système national de sécurité sociale. Une situation qui relance le débat sur l’égalité réelle entre l’Hexagone et les outre-mer.
Selon un article publié par Le Média en 4-4-2, la caisse de retraite mahoraise reverserait environ 61 millions d’euros par an au niveau national, alors que les retraités locaux continuent de percevoir des pensions très faibles. La députée mahoraise Estelle Youssouffa affirme qu’un effort annuel d’environ 12 millions d’euros suffirait pourtant à relever les pensions les plus basses au-dessus du seuil de pauvreté local.
Une branche retraite excédentaire
La situation de la retraite à Mayotte est particulière. La population de l’île est extrêmement jeune et le nombre d’actifs cotisants reste largement supérieur au nombre de retraités. Ce déséquilibre démographique produit mécaniquement des excédents dans la branche vieillesse.
Des chiffres relayés en 2021 montraient déjà que la branche retraite de la CSSM — la Caisse de Sécurité Sociale de Mayotte — avait encaissé plus de 62 millions d’euros de cotisations vieillesse en une année, pour seulement 7,4 millions d’euros de pensions versées.
La CSSM confirme elle-même qu’elle gère le régime général de sécurité sociale sur le territoire mahorais, y compris la branche retraite.
Des pensions très éloignées du niveau hexagonal
Malgré ces excédents, les pensions restent parmi les plus faibles de France. Le système de retraite mahorais possède une histoire différente de celle de l’Hexagone. Le régime local n’a réellement été structuré qu’à partir de 1987, bien après la métropole.
Cette construction tardive a eu des conséquences durables :
- carrières incomplètes ;
- faibles niveaux de cotisation ;
- périodes de travail non déclarées ;
- absence historique d’alignement complet avec les droits nationaux.
Résultat : de nombreux anciens travailleurs se retrouvent aujourd’hui avec des pensions insuffisantes pour vivre dignement, dans un territoire où le coût de la vie reste élevé et où la pauvreté touche déjà une grande partie de la population.
Une convergence sociale toujours inachevée
Depuis la départementalisation de Mayotte en 2011, les habitants attendent une convergence progressive des droits sociaux avec ceux de l’Hexagone. Mais cette convergence avance lentement.
Le débat dépasse désormais la simple question budgétaire. Pour beaucoup d’élus et d’associations locales, il s’agit d’une question d’égalité républicaine. Pourquoi des travailleurs qui cotisent au système français ne bénéficient-ils pas des mêmes protections sociales que dans l’Hexagone ?
Même au sein de la CSSM, des responsables reconnaissaient déjà il y a plusieurs années la nécessité de revaloriser les retraites mahoraises.
Une réalité plus complexe que le seul excédent retraite
Le dossier reste cependant plus nuancé qu’il n’y paraît. Si la branche vieillesse est effectivement excédentaire, la CSSM dans son ensemble connaît également des difficultés financières importantes liées à l’explosion démographique, aux dépenses de santé et à la précarité sociale sur l’île.
Le Journal de Mayotte rappelait récemment que la branche retraite est excédentaire, mais que l’organisme global de sécurité sociale reste déficitaire lorsqu’on additionne toutes les branches.
Cette distinction est importante : elle montre que le débat porte surtout sur la répartition des ressources et sur les choix politiques concernant la convergence sociale de Mayotte.
Un symbole des fractures ultramarines
Au-delà des chiffres, cette affaire illustre le sentiment d’abandon exprimé régulièrement dans les territoires ultramarins. Beaucoup de Mahorais dénoncent une République à deux vitesses, où les contributions locales servent au financement national sans retour équivalent pour la population.
Dans une île confrontée à une forte pauvreté, à des tensions sociales et à une crise migratoire permanente, la question des retraites devient un symbole plus large : celui de la place réelle de Mayotte au sein de la République française.
Et derrière les statistiques, ce sont surtout des milliers de personnes âgées qui tentent chaque mois de survivre avec des revenus bien en dessous des standards nationaux.
Commentaires 0
Soyez le premier à commenter.