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Piste longue : les agriculteurs réclament des réponses claires sur leur indemnisation

À Bouyouni et M’tsangamouji, l’avenir du projet de piste longue soulève de nombreuses inquiétudes chez les agriculteurs concernés par les futures acquisitions foncières. Réunis ce dimanche lors d’une rencontre organisée par la CAPAM, plusieurs exploitants ont exprimé leurs interrogations sur les indemnisations, les démarches administratives et le devenir de leurs terres, alors que le chantier du futur aéroport de Mayotte doit débuter dans les prochaines années.

Illustration — Piste longue : les agriculteurs réclament des réponses claires sur leur indemnisation

Le projet du futur aéroport de Mayotte continue de franchir des étapes importantes, mais sur le terrain, les inquiétudes restent nombreuses. Ce dimanche 10 mai, à M’tsangamouji, plusieurs dizaines de familles agricoles concernées par le projet de piste longue à Bouyouni se sont réunies lors d’une rencontre organisée par la CAPAM afin d’échanger sur les démarches d’indemnisation et les conséquences du chantier sur leurs terres.

Dans la vallée située entre Bouyouni et M’tsangamouji, les cultures de bananiers, cocotiers et autres exploitations agricoles façonnent encore le paysage. Pourtant, cette zone doit profondément se transformer dans les prochaines années avec la construction du nouvel aéroport de Mayotte, un projet estimé à 1,2 milliard d’euros.

Un projet stratégique pour Mayotte

Le choix de Bouyouni-M’tsangamouji a été officiellement confirmé par l’État en décembre 2025. Ce site de Grande-Terre a été retenu pour accueillir une piste longue d’environ 2 730 mètres capable de recevoir des vols long-courriers directs vers l’Hexagone.

Selon les autorités, ce nouvel aéroport doit permettre à Mayotte d’améliorer sa continuité territoriale avec l’Hexagone et la région, tout en accueillant des avions de plus grande capacité capables d’assurer des vols long-courriers directs. Le projet est également présenté comme un levier important pour le développement économique du territoire et comme une solution aux limites rencontrées par l’actuel aéroport de Dzaoudzi-Pamandzi.

L’État met également en avant la position du site, jugée moins exposée aux risques naturels comme la montée des eaux ou l’activité sismo-volcanique.

Le 17 avril 2026, un décret a officiellement classé l’aérodrome de Bouyouni-M’tsangamouji parmi les aéroports de catégorie A, ouvrant la voie à l’enquête publique et aux prochaines procédures administratives.

Des agriculteurs encore dans l’incertitude

Mais derrière l’ambition affichée du projet, de nombreuses familles vivant de l’agriculture disent manquer d’informations concrètes sur leur avenir.

Lors de la réunion organisée à Bandrandzia, plusieurs exploitants ont exprimé leurs interrogations concernant les indemnisations, les relogements agricoles ou encore les démarches administratives à effectuer.

La CAPAM a expliqué aux familles les procédures mises en place après la signature récente d’une convention avec l’État. Les compensations envisagées pourraient prendre la forme d’indemnités financières ou de propositions de terrains de remplacement.

Cependant, beaucoup d’agriculteurs restent inquiets, notamment parce qu’une partie des exploitants ne possède pas de titres fonciers officiels. Certains occupent les terres depuis plusieurs générations sans documents administratifs reconnus, ce qui complique aujourd’hui leur situation.

Un enjeu social majeur

Le futur aéroport doit entraîner la disparition de plusieurs centaines d’hectares agricoles dans le nord-ouest de Grande-Terre. Dès 2025, les autorités évoquaient déjà la perte d’environ 285 hectares de parcelles agricoles liées au projet.

Pour de nombreuses familles, ces terres représentent bien plus qu’un simple patrimoine foncier : elles constituent une source essentielle de revenus et d’autonomie alimentaire.

Face aux inquiétudes, le président de la CAPAM, Saïd Anthoumani, reconnaît lui-même que les populations concernées n’ont pas été suffisamment informées au départ. Il appelle désormais à un meilleur accompagnement des habitants afin d’éviter que certains agriculteurs ne soient laissés de côté dans les procédures.

Entre développement et tensions locales

Le projet de piste longue reste l’un des plus grands chantiers jamais envisagés à Mayotte. Présenté comme indispensable pour le développement du territoire, il suscite aussi des débats importants autour de l’environnement, du foncier et de l’avenir des populations locales.

Si les travaux doivent théoriquement débuter dès 2027 pour une mise en service envisagée autour de 2035-2036, plusieurs étapes restent encore à franchir, notamment la déclaration d’utilité publique, les procédures environnementales et les acquisitions foncières.

Pour les familles agricoles de Bouyouni et M’tsangamouji, une chose est certaine : avant le début des bulldozers, elles attendent désormais des réponses précises, des garanties concrètes et davantage de transparence sur leur avenir.

Sources

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