Syndicat des eaux de Mayotte : la semaine des graves révélations

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La première semaine du procès historique du Syndicat intercommunal de l'eau et de l'assainissement de Mayotte (SIEAM) a exposé, devant le tribunal judiciaire de Paris, l'étendue des dysfonctionnements et des malversations qui auraient siphonné les finances publiques en pleine crise de l'eau.

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Les principaux chefs d'accusation qui ont structuré la semaine :

Un système de marchés publics verrouillé et illégal :

Fractionnement (« saucissonnage ») systématique : Au cœur des débats, la révélation de dizaines de bons de commande (39 saisis) tous scrupuleusement maintenus sous le seuil légal de 90 000 € pour éviter toute publicité et mise en concurrence. Des entreprises comme Mayotte Inspection ou EIC recevaient plusieurs commandes le même jour pour des montants similaires (autour de 85 000 €).

Pool d'entreprises favorisées : Le directeur technique a décrit un système de « pool » préétabli. Les prestations étaient attribuées sans appel d'offres, comme pour des marchés de débroussaillage atteignant 923 000 € avec une seule société.

Paiements illicites : La pratique illégale du paiement de 70% du montant des conventions dès leur signature a été confirmée.

Une gestion interne désorganisée et opaque :

Effectifs pléthoriques et productivité en baisse : Le syndicat a presque doublé ses effectifs en six ans tout en voyant sa productivité chuter et en externalisant massivement ses missions.

Formations factices : Un vaste scandale de formations fantômes a été détaillé : 330 000 € dépensés pour 22 000 heures de formation, avec de fausses feuilles de présence établies sous la pression de la direction, selon les témoignages.

Recrutements surprenants : Le cas de l'ancien directeur général des services (DGS), Michel Jousset, a intrigué. Recruté bien qu'« sans expérience administrative » et se définissant comme un « DGS de 3ème zone », il affirme avoir été tenu à l'écart des décisions importantes.

Des conflits et des liens d'intérêt troublants :

Les débats ont mis en lumière les relations troubles entre certains cadres du SIEAM et les entreprises bénéficiaires. L'ancien directeur technique, présenté comme un « repenti », a vu la défense lui rappeler qu'il avait lui-même profité du système (son logement était loué par une société partenaire, EIC).

L'ancien président, Vitta Mouhamadi dit "Bavi", et son ancien directeur technique, Fardi Bacar Chebane, se rejettent mutuellement la responsabilité des décisions, créant des contradictions flagrantes relevées par le tribunal.

Une dépense somptuaire en pleine crise :

Le tribunal a exprimé son incompréhension face à un contrat de location d'écrans géants publicitaires à plus de 300 000 €, justifié par une obscure « réglementation européenne ». Les juges ont questionné le bien-fondé d'une telle dépense compte tenu de la situation de pénurie d'eau et des finances précaires du syndicat.

L'entrée en scène d'Anticor :

L'association de lutte contre la corruption Anticor, récemment implantée à Mayotte, s'est portée partie civile. Son avocate, Maître Camille Tohier-Desclaux, a souligné que ce procès était crucial pour restaurer la confiance des Mahorais dans la justice et pour défendre les deniers publics dans un territoire ultramarin particulièrement touché par les délits de corruption.

Conclusion de la semaine :

La première semaine a dressé le tableau d'une gestion qualifiée de « catastrophique » par la magistrature, caractérisée par un détournement des règles de la commande publique à grande échelle. Les juges ont régulièrement rappelé à l'ordre les prévenus sur leurs responsabilités, notamment celle du président du syndicat.

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